|
|
Le bois est une matière vivante. Il ne peut pas se comparer à un bloc d'acier ou de matière plastique.
Son emploi dans la fabrication d'objets aussi précis que des instruments de musique nécessite beaucoup de précautions quant à
sa préparation, en particulier le séchage. Lorsqu'un arbre vient d'être coupé il est gorgé de sève, qu'il va
progressivement perdre pendant une période assez longue qui suit son abattage. Ce n'est que lorsque ce processus sera terminé que le bois
pourra être utilisé. Des tensions apparaissent pendant le séchage entraînant des déformations, voir des fissures,
Le bois retrouve ensuite un nouvel équilibre. Cela nécessite en général plusieurs années. La durée est cependant
variable en fonction de l'épaisseur des pièces. Pour accélérer le séchage il est possible de débiter l'arbre.
Pour des planches il faut généralement compter une année de séchage par centimètre d'épaisseur.
Les anciens menuisiers accordaient de l'importance à la période d'abattage des arbres, qui contiennent moins de sève en hiver qu'en
été. De plus en période de lune descendante, la sève semble descendre vers le pied. Le bois coupé en "vieille
lune" se conserve mieux. Ce fait n'a jamais été vérifié scientifiquement, mais simplement constaté empiriquement
par ceux qui exerçaient les métiers du bois. Aujourd'hui de nombreux luthiers et facteurs accordent cette même importance à la période de coupe.
Le séchage nécessite des conditions particulières. Il se fait généralement dans un local frais et bien
aéré, à l'abri
du soleil et de la pluie. Lorsque l'on fait sécher des troncs entiers (c'est généralement le cas du buis) ceux-ci sont stockés verticalement.
Les planches et les carrelets sont par contre disposés horizontalement, séparés par des lattes sèches afin de permettre la circulation de l'air.
Pour diminuer le risque de déformations ultérieures, le facteur prend soin de débiter son bois de telle sorte que les fibres suivent le plus
possible l'axe de l'instrument. Lorsqu'il s'agit de troncs de petit diamètre (par exemple le buis) ce travail se fait de préférence à la hache qui suit
naturellement le sens des fibres.
Les morceaux de bois sont d'abord tournés pour en faire des cylindres, qui sont ensuite mis de côté pendant un certain temps afin d'assurer leur stabilité, car
cette opération peut entraîner des déformations. Au besoin, ils seront redressés au tour avant de continuer.
Après le perçage, le futur instrument aura encore une fois une tendance à "travailler", car l'évidement du centre aura modifié son équilibre.
L'ébauche de la perce se fait donc plusieurs semaines à l'avance afin que la pièce trouve son nouvel équilibre avant d'être transformée en flûte.
|
|
Le facteur prendra soin, au moment de tailler l'embouchure de l'instrument de faire en sorte que les cernes annuels (les "anneaux" caractéristiques que l'on observe sur tout tronc de bois qui
a été sectionné, et qui délimitent les années de croissance) soient disposées verticalement afin de diminuer le danger de fissure spontanée. L'explication est la suivante :
un tronc de bois se fend toujours du coeur vers l'extérieur suivant le rayon. Le fait de tailler le canal dans une flûte affaiblit celle-ci sur un côté. Il est donc préférable que ce
côté ne se trouve pas placé là où le bois peut se fendre spontanément. La quasi totalité des instruments anciens étaient faits comme la flûte n° 1 dans cette image, comme le sont aujourd'hui la plupart des
flûtes artisanales. Par contre, pour des raisons techniques les flûtes industrielles sont parfois taillées dans l'autre sens, comme la flûte n° 2.
Le risque d'une fente au niveau du canal est moindre dans l'instrument n° 1.
|
|

les flèches rouges indiquent le sens dans lequel le risque de fente est le plus grand.
|
|
|
|
Par ailleurs, la disposition verticale des cernes favorise l'absorbtion d'humidité, qui peut ainsi pénétrer plus facilement entre les fibres du bois, en particulier sur le bouchon.
|
|
|